Ce monde qui vient ou la lèvre aval

Cette deuxième partie de l’article “ce monde qui vient” aurait dû être publiée juste après la première, début janvier, mais les chemins de l’écriture ont pris quelques détours. Une circonstance imprévue autant que stimulante ramène le sujet dans le radar de Buencarmino, voici donc la suite, enfin, une suite.
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La crise qui se prolonge et s’approfondit de jour en jour nous invite à une forme de sobriété, d’humilité qui n’exclut pas l’audace. Car l’année passée fut aussi celle des révolutions. Face à la peur, au risque de torture, saluons avec Michel Serres le courage de la jeunesse arabe et tout particulièrement des femmes.

Invité de Bruno Duvic sur France Inter le 30 décembre, le philosophe Michel Serres dressait un bilan de l’année écoulée avec clairvoyance, lucidité, et une forme d’espièglerie que l’on peut se permettre lorsque on a beaucoup vécu, réfléchi et voyagé.

Quelques pépites : sur la crise « nous vivons dans une sorte de crevasse dont nous voyons très bien la lèvre amont et dont nous voyons très mal la lèvre aval ».

Sur la Syrie, après avoir salué le courage extraordinaire des manifestants : « je n’en dirai pas plus, car en dire plus ce serait encore entrer dans la société du spectacle »…

Sur le « nouveau monde » : « dans ma carrière d’enseignant, j’ai assisté à la victoire de la femme… les meilleurs étudiants sont des femmes… sur le marché de l’emploi, les femmes sont fondamentalement plus pro que les garçons »… « les femmes sont aujourd’hui victorieuses sur le plan de l’éducation mais il y a encore peu d’égalité entre les hommes et les femmes ».

Avant lui, Jean-Claude Guillebaud avait écrit un beau livre sur “le commencement d’un monde”, auquel cet article se réfère. Alternatives Economiques lui avait à l’époque rendu un bel hommage. “Tout cela aboutit à ce que l’auteur appelle, à la suite d’Edouard Glissant, “une créolisation du monde”, l’invention de formes, de cultures, de pratiques métissées, dans un mouvement que la mondialisation accélère et qui annonce à la fois l’émergence d’un monde à venir différent et les crispations des intégristes de tout poil qui le refusent.”

Crispations …

Alors que dire de cet étrange baiser avec une lèvre aval qui se dérobe, sinon que la peur n’est rien que la suspension du courage, et que celui-ci consiste à regarder en face tout ce qui vient, même et surtout lorsque cet inconnu se présente enveloppé d’un épais brouillard.

Cette lèvre aval est l’autre rive d’un fleuve qui se perd dans le jour, car on peut se perdre dans le jour autant que dans la nuit, par sécheresse d’âme et petitesse de vue.

La raison d’être de ce blog au départ était de saluer la dignité des hommes et des femmes qui se lèvent pour vivre et changer leur vie, d’interroger et de partager cette expérience du risque assumé, le goût d’explorer de nouveaux territoires en se tenant toujours au plus près du corps et du ressenti.

Aujourd’hui, le chaos des images et des sensations est peut-être mieux à même que les mots, sinon d’appréhender ce qui vient, du moins de tendre vers la lèvre aval.

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Pour une journée internationale du corps

Coup de coeur pour le beau blog québequois “dessiner le corps” qui propose une journée internationale du corps. A suivre et à partager.

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Extrait : Pour une journée internationale du corps

Le corps est en général mal aimé. Il est désiré, idéalisé, parfois admiré lorsque son exceptionnelle beauté le démarque de l’ordinaire, d’avantage convoité, consommé, exploité, évalué et jugé, jusqu’à en être méprisé, rejeté, exclu (et enterré), mais rarement honoré et véritablement aimé pour ce qu’il est.

Il est le bouc émissaire par excellence. Banni, humilié, puni, châtié, martyrisé et torturé pour des paroles et pensées qui viennent d’avantage de la tête que de son propre élan de corps, il subit docilement et en silence toutes sortes de maltraitements.

Tout ce qui s’érige en propriétaire absolu du corps (plus spécifiquement le mental), se considérant « au dessus » de la condition corporelle, se permet d’en jouir à sa guise, de le pousser à bout et de le malmener, le considérant au même titre qu’un esclave ou un animal.

L’humanité s’est ralliée autour de toutes sortes de journées internationales, dont celle de la terre, pourquoi n’y en aurait-il pas une pour le corps?

Parions que si le corps était mieux aimé et compris, la planète ne s’en porterait certainement que mieux.

Alors votons pour une journée mondiale du corps! Cela pourrait aujourd’hui même, ou être une journée flottante, imprévisible, en hommage au fait que rien de ce qui est vivant ne peut se manifester sans le don du corps. (lire la suite : http://dessinerlecorps.wordpress.com/2012/02/12/pour-une-journe-internationale-du-corps/)

le bonheur hommage à HappyLab

Le bonheur n’est pas sûr
le bonheur n’est pas clair
le bonheur n’est pas rose

Du moins quand il se pose
Il a les pieds sur terre
Le bout du nez en l’air
Le bonheur c’est d’y croire
Et d’aimer courir
C’est aller vite agir
sans calculer ou
Après avoir bien calculé
C’est tout ce qui reste
A la fin d’oublié
Pas de recette, un dé jeté
Le bonheur c’est malgré
Le bonheur c’est carré
le bonheur c’est d’avoir
l’amour devant, dedans et tout autour
Le bonheur c’est tout près
le bonheur c’est jamais
Le bonheur c’est toujours
le bonheur c’est qui sait
Le bonheur imparfait
C’est parfait

Remerciements à Joanna Quelen et à toute l’équipe du HappyLab

http://www.happylab.fr/category/quisommesnous/

Avec la voix de Nicole de Chancey à l’oreille, “imparfaite dans son imperfection”

Rire avec Plonk et Replonk

Soif de couleurs, envie de rire. La météo nous annonce moins quinze degrés pour vendredi, un temps à ne pas mettre une famille de cosmonautes dehors pour paraphraser la (célèbre?) cartes postale de Plonk & Replonk. Leur “percement de l’Arc de Triomphe par le Baron Haussmann” signalé par le blogger Jean-Louis Foucart écrase de toute son absurdité les discours distillés depuis Davos, face (mal) cachée de la Suisse. Le rire, surtout lorsqu’il est bienveillant, est un grand facteur de résilience, et pour l’équilibre il y a bien sûr la Balance bretonne.

Envie d’azur et de nuages flottant haut dans le ciel, envie d’aller voir aux Philippines si le ciel est toujours aussi bleu vu depuis le fond de la mer, si les corps cosmiques tournent toujours plus vite au-dessus de nos têtes et sur la plage de Boracai, envie de goûter des mangues éclatantes et des sourires complices.

Envie d’épouser l’énergie de ce monde qui vient, parfois sans doute un peu trop vite. Ah va pour le vertige!

Les couleurs de la résilience

Sur la chaîne de l’AFPA, une interview de Stefan Vanistendael sur la résilience.

La définition qu’il en donne va bien plus loin que la résistance : il s’agit pour un individu, une famille, une société entière, de la capacité à mobiliser toutes les ressources dont elle a besoin pour résister au stress, au changement, à l’usure. D’une voix douce et sans jargon, Stefan Vanistendael expose des idées fortes et partage son expérience sans jamais prendre une position d’expertise, mais plutôt de partage.
Il se passe quelque chose d’intéressant dans la société française. Depuis quelque temps, on voit se multiplier des actes de micro-solidarité, dans le métro, dans la vie de tous les jours. Parfois c’est juste un sourire complice, une porte que l’on retient, le coup de fil d’un ami, le sms qui tombe à pic, empreint de bienveillance. Autant de petits gestes qui ne sauveront pas la planète mais qui, à chaque minute, nous sauvent collectivement et individuellement du désespoir.

J’en profite pour proposer un deuxième coup de coeur à l’association Passerelles et Compétences, qui met en relation des associations ou des ONG et des bénévoles qui ont du temps et du savoir-faire à donner.

En bonus et clin d’oeil, une pub vue dans le métro et qui n’a rien à voir avec le sujet (Merce Cunningham : la danse et la musique n’ont rien à voir l’une avec l’autre, elles ont juste lieu au même moment, au même endroit), quoique…

L’année du Dragon Rouge

L’hiver, on a soif de couleurs. Alors puisque cette année se place sous le signe du Dragon Rouge, projetons quelques flashs de couleur pour réveiller nos sens anesthésiés par la morosité saisonnière, aggravée par la sinistrose ambiante. (N’oublions pas que dans toute sinistrose se cache une ROSE). En PNL et en sophrologie, on utilise la couleur comme réservoir ou comme activateur d’émotions. Que nous annonce donc le Rouge?

Le rouge est ce goût qui vient à la bouche après avoir couru trop longtemps, trop vite. C’est le coeur qui bat fort, une envie de bouger qui monte et fourmille dans tous les membres, un tempo vif, le piment croqué sans précaution et sans regrets. C’est la honte aux joues, la brûlure après avoir dit la très grosse bêtise, la joie, l’intensité d’un regard aux désirs croisés. C’est l’impatience, le trop, le tout de suite.

Le rouge n’est pas seulement la couleur de la colère ou de l’agressivité. En Chine, c’est la couleur du bonheur, de la fête. Haute énergie. L’historien des couleurs Michel Pastoureau entretient le suspense : “Contrairement à ce timoré de bleu, le rouge est une couleur orgueilleuse, pétrie d’ambitions et assoiffée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir et qui est bien décidée à en imposer à toutes les autres. En dépit de cette insolence, son passé, pourtant, n’a pas toujours été glorieux. Il y a une face cachée du rouge, un mauvais rouge (comme on dit d’un mauvais sang) qui a fait des ravages au fil du temps, un méchant héritage plein de violences et de fureurs, de crimes et de péchés. C’est cette double personnalité du rouge que décrit ici l’historien du symbolisme Michel Pastoureau : une identité fascinante, mais brûlante comme les flammes de Satan.”

En bonus trois coups de coeur :

1. Colour Hunting

Un très beau livre trouvé par hasard à la librairie .Orf rue Perrée : “Colour Hunting, ou comment la couleur influence nos achats, nos actes et nos perceptions”, explore la couleur dans toutes ses dimensions : technique, émotionnelle, sensuelle, à travers les âges et dans un grand nombre de pays, l’influence des couleurs dans notre vie, dans l’architecture, dans l’art.

Pendant des millénaires, les artistes et les designers se sont servi de la couleur pour exprimer des idées et des émotions sur une large variété de supports, que ce soit sur des fresques, sur les textiles des civilisations anciennes ou dans la haute couture et l’architecture contemporaines. La couleur n’affecte pas seulement nos expériences visuelles mais aussi nos autres sens tels que le toucher et le goût. (Voir à ce sujet l’exposition Synesthésiques, le voyage sensoriel conçue par Silvana Di Martino) Elle influence aussi nos actes, de manière plus ou moins consciente.

Les deux premiers chapitres évoquent les tendances du design, puis les défis et les techniques utilisées pour appliquer la couleur à une très large gamme d’objets. Le troisième chapitre, « Bien-être », interroge la relation entre le corps, l’esprit et la couleur. Un sujet cher à BuencaRmino.

2. Coup de coeur au blog Colorlovers (n anglais).

Les chasseurs de couleurs en Amazonie avec Dai Fujiwara

Dai Fujiwara, directeur créatif pour Issey Miyake, n’hésite pas à se rendre jusqu’en Amazonie avec son équipe pour tester la similarité de sa palette de couleurs avec les teintes de la forêt. Les échantillons sont ainsi comparés au tronc des arbres, aux feuilles, à l’eau, à la boue. « je m’attendais à trouver des couleurs vives », a expliqué Dai Fujiwara, et en fait nous avons trouvé plutôt des tons calmes, discrets, presque timides.

http://www.colourlovers.com/blog/2009/04/01/dai-fujiwaras-color-hunting

3. Encore un japonais : Riusuke Fukahori sur sur Au début j’ai cru que c’étaient de vrais poissons pris dans la résine et puis, non, c’est beaucoup plus intéressant, mystérieux, la perfection du geste et l’inspiration.

Aimer l’Amour

En 2009, dans leur cahier « Futurs », les « trendspotters » de Peclers Paris identifiaient trois tendances de fond pour notre époque : Révélation, Révolution, et Régression, reprises mot pour mot trois années plus tard dans le supplément de Courrier International de décembre… 2011 !

Chacun le pressent avec un mélange de curiosité et d’appréhension : plus qu’une année nouvelle, ce à quoi nous assistons est l’avènement d’un nouveau monde, et ce monde qui vient ne nous fera pas de cadeaux. Faut-il pour autant céder à la sinistrose ? Pas forcément, car nous avons le choix, sinon des circonstances, du moins de la lecture que nous en faisons et de la réponse que nous souhaitons y apporter. Pour le dire en langage de coach, ce monde qui vient nous invite à faire preuve à la fois de résilience et d’agilité.

La résilience, pour affronter l’incertitude, la disparition des repères, la pression de l’anxiété qui monte autour de nous. L’agilité, pour mobiliser nos talents, nos ressources, oser saisir les opportunités, adapter nos comportements sans renoncer à nos valeurs.

A la tentation de la Régression, pour rester dans les « trois R » de Peclers, préférons donc la Relation. Petite anecdote : quelques jours avant noël, on ne trouvait déjà plus une seule carte « bonne année » dans les librairies. Plusieurs vendeuses, interrogées, avouèrent leur surprise de se trouver prématurément en rupture de stock. Comme si l’ambiance morose incitait chacun à resserrer les liens avec sa famille, ses amis proches ou lointains.

Pour que la sobriété imposée par la crise ne se résume pas à un exercice punitif, nous sommes toujours libres de puiser dans cette source d’énergie infiniment renouvelable qu’est l’amour, l’amitié, la solidarité, l’empathie.

Car comme l’écrit Jacques Salomé dans “Aimer l’Amour“, l’Amour ne nous appartient pas, il circule en nous, à travers nous. Ne cherchons pas à le retenir mais devenons ses ambassadeurs.

Très bonne année 2012 à toutes et à tous

Les bisous de la Castafiore (2)

Puissance de la sobriété:

Description de la Castafiore dans Wikipédia :
Genre Femme
Espèce Humain
Cheveux Blond
Yeux Noirs
Activité(s) Cantatrice, diva
Caractéristique(s) Dame bien charpentée, élégante, dotée d’une voix puissante, mondialement reconnue
Famille Aucune connue
Entourage Tintin
Archibald Haddock
Irma
Igor Wagner
Ennemi(s) Aucun

Le rossignol milanais

how to become very intelligent in three steps

1. Turn off the TV. For good. OK, you can keep using it as background noise for a while until the addiction symptoms have completely disappeared, as long as you do turn your back on it and restrain from watching it.

2. Click on this link, watch, listen, and think

3. Find something equally worth sharing and let your friends know. Sharing intelligent information creates social interaction, which in turn stimulates your brain.

or you can create your own pictures with some glue and a pair of scissors.

More on the same topic on the previous page (but in French, sorry).

X est le nouveau noir selon David McCandless

Nouveau coup de coeur de BuencaRmino : David McCandless qui se définit comme “journaliste visuel” ou “data journalist” crée au moyen de l’infographie de superbes images pour nous aider à “surplomber la jungle de l’information”. (Notez au passage comme “surplomber” est en train d’émerger parmi les mots-fétiches de l’année 2011, traduisant un besoin de reprendre un peu de perspective et de contrôle face à l’infobésité.) Voir son site : Miscellaneum. Et pour l’écouter sur TED, une présentation pleine d’humour; cliquez ici : David McCandless sur TED.


Au moment où la crédibilité des images se perd (voir l’interview de Fred Ritchin dans le Monde du 5 novembre), l’infographie vient alimenter le débat politique et sociétal. Les militants libéraux américains créent des albums photo sur facebook pour combattre le crétinisme du Tea Party à coups de statistiques brillamment mises en forme pour convaincre et séduire à la fois.

Citation de l’auteur : “Ce livre a commencé comme une exploration. Perdu dans la jungle de l’information, je cherchais un moyen de la surplomber pour mieux la comprendre. Pourquoi pas visuellement ?
Nous sommes tous devenus des êtres visuels. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, nous absorbons de l’information sur l’océan du web. Nous en sommes submergés. Nous nous y noyons parfois. Sans doute quelques graphiques bien conçus, colorés et – je l’espère – utiles pourraient-ils nous aider à surnager. Un recueil de cartes de navigation des temps modernes.”

A lire, acheter, offrir : Datavision, traduit en français chez Robert Laffont.

X eset le nouveau noir : l’auteur s’est livré à une recherche de l’expression “est le nouveau” sur Google, et voici ce qu’il a trouvé… “noir” apparaît au centre d’un réseau de connections sémantiques parmi lesquelles on ne sera pas surpris de trouver “sexe”, “rock and roll” et de façon plus surprenante des expressions telles que “aléatoire”, “végétalien” ou “tissu cicatriciel”. Sur une idée originale de Randall Szott.

Parmi ses autres centres d’intérêt : bonnes nouvelles, les animaux péteurs, pensez vous aux enfants, l’éducation sexuelle, suédois sans foi ou encore les émissions de carbone compares d’un américain moyen et d’un mariage de 250 personnes, à consulter sur Calameo

bonne lecture et joyeux noël!

Corps langage mémoire de Cunningham a Casilli

La musique d’Oceans a beaucoup vieilli, tandis que la chorégraphie de Merce Cunningham demeure hypermoderne et fluide en dépit du montage de Charles Atlas. Qu’importe si le rythme haché des images maltraite les mouvements des interprètes et martyrise les yeux, il fallait y être (en être ?) et savourer ce privilège entre connaisseurs. Les lumières somptueuses valorisent l’orange et le pourpre des justaucorps, l’abstraite virtuosité des gestes. On respire dans une bulle à l’image d’un futur où le corps humain ne sera plus qu’une trace, un support. Cela fait froid dans le dos comme toutes les prédictions du mouvement transhumaniste. Prochaine étape : la déterritorialisation totale du corps, transféré dans des univers virtuels d’où sera bannie toute imperfection, où l’émotion sera dévalorisée comme niaiserie facteur de désordre. Plus rien ne s’opposera dès lors à la transformation en marchandise de ce résidu d’où toute notion d’humanité aura été évacuée. On pourra voter toutes les lois que l’on voudra sur la bioéthique, une fois le mouvement lancé, rien ne l’arrêtera. Voir à ce sujet Time Out, le film d’Andrew Niccol avec Justin Timberlake et Amanda Seyfried.

Fantasme ? Oui, mais fantasme dangereux car bénéficiant de tout un courant de pensée soutenu par des financements illimités.

Il n’y a pourtant pas de fatalité. D’autres futurs sont possibles, comme en témoigne le livre d’Antonio Casilli « les liaisons numériques » (Seuil). Nourrie de témoignages de bloggers, d’artistes, d’adeptes des nouvelles pratiques sexuelles ou sociales en ligne, la réflexion d’Antonio Casilli montre que la capacité d’imagination de l’être humain demeure sans limites.

Danser sa vie

Danser sa vie ? Depuis trop longtemps le corps était en sommeil, le poignet serré dans un strap, le froid, la pluie, tout ce que l’on peut inventer comme raisons de mijoter dans sa bulle. Et puis un jour l’envie qui monte, les fourmis dans les jambes, on y va, chiche ! Courir appelle des mots plus actifs. Des verbes, des substantifs plus denses pour accompagner le mouvement, ce qui s’éveille au fur et à mesure que les muscles s‘échauffent. L’oxygène et les mots circulent. Marcher, bouger, taper dans un ballon, danser comme on respire.

Danser sa vie. L’expo qu’il faut aller voir à Beaubourg, et puis l’invitation, que l’on peut suivre au pied de la lettre ou laisser courir. Danser sa propre vie, comme Isadora Duncan, explorer ses rythmes et la géométrie secrète, expressive ou révélatrice, du corps, avec William Forsyth ou Pina Bausch. Dans ce contexte, on apprécie la sobriété de Merce Cunningham, aperçue dans Craneway Event. Il faut absolument voir, ce dimanche soir au théâtre de la Ville, la projection du film Oceans, et puis Biped, où les danseurs présents sur scène dialoguent avec leur représentation déterritorialisée par la vidéo. Courageusement, Cunningham fut l’un des premiers à explorer la confrontation du corps et des nouvelles technologies, au moment même où il en faisait l’instrument dune écriture toujours plus sophistiquée. On pense au combat de Bénédicte Pesle pour faire accepter l’abstraction de cette chorégraphie à une France demeurant attachée au récit. On pense à l’ami David Pini, infatigable ambassadeur de la « cause » et qui n’aimait pas, lui non plus, qu’on lui raconte des histoires.

Mais s’il n’y a plus d’histoire, plus de récit, que reste t-il ? La présence. Le don de soi. C’est de cela qu’on parle, entre dessinateurs, après l’atelier. Le talent des modèles, l’expressivité, la présence avant la technique et la morphologie. Le cri qu’on peut entendre ou celui qui bouillonne sous la peau, qui traverse les muscles et bat sur un tempo des Doors ou des B52s. Le calme profond qui se répand, l’ancrage au sol, bien vissé sur le point d’appui. Parfois aussi l’espièglerie, qui s’épanouit en un sourire à la fin, juste avant le changement de pose.

La danse, expression de la subjectivité. L’abstraction, et puis la performance. Mais nulle invitation à pénétrer dans le cercle magique : le spectateur qui se prendrait au jeu se verrait ramené à la raison par d’aimables et sourcilleux gardiens. Participer ? Et puis quoi encore ? Ici on regarde, on ne danse pas.

L’exposition a pour ambition de montrer les liens croisés entre la danse et les arts graphiques au XXème siècle, puis leur éloignement dans la seconde moitié du XXème siècle, comme s’ils n’avaient plus rien à se dire, ou que la tension avait fini par se relâcher. Aujourd’hui, l’équivalent des arts graphiques de pointe est à rechercher du côté de l’univers numérique. Les enjeux de ce croisement sont peu abordés dans l’exposition, et c’est dommage.

On peut aussi regretter la très faible représentation des pays du Sud. « Danser sa vie » se présente comme une histoire de la danse des XXe et XXIe siècles. C’est-à-dire, « bien sûr », une histoire de la danse occidentale, car à part quelques excursions japonaises (le sculpteur Isamu Noguchi), le reste du monde y demeure invisible, hormis quelques exceptions présentées dans le cadre du festival Vidéodanse (Rachid Ouramdane, Seydou Boro, Luis de Abreu). Les pays émergents, aujourd’hui de mieux représentés dans le domaine des arts graphiques, font encore figure de parent pauvre.

Malgré ces lacunes, il faut la voir et la revoir, absolument.

Aïe pour Ai un homme debout

Pourquoi faire quelque chose plutôt que rien? Parfois, la réponse est d’une évidence à vous crever les yeux, alors je reformule la question. On pourrait se demander, par exemple : quand avons-nous fait un acte fondateur pour la dernière fois, un acte qui nous engage totalement? De plus en plus souvent, la réponse vient des artistes originaires de ces pays qu’on dit émergents, sans doute parce qu’ils émergent en effet dans un recoin de notre conscience après des siècles de mépris. En dignes héritiers d’Edouard Saïd ils retournent les codes et les images, les saturent de vie, font craquer les coutures.

L’artiste Ai Wei Wei est de ceux-là. Sa prise de risque est si vraie qu’elle démonétise d’un seul clic les stars de l’Art Contemporain dont on ne se donnera même pas la peine de citer le nom.

Haddock et les idoles

Le capitaine Haddock tel qu’il apparaît dans Tintin et le secret de la Licorne par Spielberg s’écarte du personnage vulnérable, immature, attendrissant des albums. Dans une scène étonnante on le voit même remonter le moral de Tintin, tel un coach sportif secouant son équipe dans le vestiaire après une première mi-temps calamiteuse. Ce dérapage dégoulinant de bons sentiments trahit la vérité du personnage et son rôle dans l’équilibre général de l’oeuvre. Si Tintin, selon Serge Tisseron, a pour vocation de dire l’ordre symbolique du monde (en Analyse Transactionnelle, on dirait qu’il se charge d’exercer le contrôle parental), Haddock, dans le rôle de l’enfant, en exprime le désordre profond, la part irrationnelle de la vie avec laquelle il nous faut bien trouver des arrangements.

Extrait : “Quel secret se cache derrière le visage lisse, éternellement adolescent, de Tintin ? Ou, plutôt, que peuvent nous apprendre les imprécations du capitaine Haddock, les extravagances de la Castafiore, les distractions du professeur Tournesol, sur le secret qu’Hergé, peut-être, se cachait à lui-même ?

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Tintin et le secret de la Licorne rose

Deux sujets dominent l’actualité cette semaine : la crise de l’Euro, et la sortie de Tintin et le secret de la Licorne en version américano-3D. Violent télescopage ou coïncidence révélatrice? Tandis que les européens se jettent aux pieds de la Chine pour la supplier d’investir dans le tonneau sans fond de leur dette, le héros de bande dessinée qui, selon Serge Tisseron, (dans Tintin et les secrets de famille) avait vocation à « dire l’ordre symbolique du monde », en illustre à satiété la décomposition par effet de contraste. Au G20, les pays émergents n’en finissent pas de rendre à l’Europe la monnaie de sa pièce coloniale, tandis qu’à Bruxelles on expose en pleine lumière le racisme de Tintin au Congo.

Car de Tintin l’européen, idéaliste-moraliste et poseur (de limites), que reste t-il après la mise aux normes hollywoodiennes? « Un personnage de jeu vidéo à la complexion de baigneur » selon le plus aigre des bloggers. Pourtant, l’humour est là, l’énergie, la fraîcheur des personnages américanisés, mondialisés, déterritorialisés, vivant une autre vie que celle qu’avait rêvée pour eux la famille d’origine.

Un autre se plaint de l’inévitable dérive commerciale. Exit la poésie, dit-il.

« Mais quand la machine Steven Spielberg prend le héros en main, il est difficile de lui imposer une campagne de “marketing” discrète : Tintin se décline donc ces jours-ci chez Mc Donalds, Total, Meccano, Peugeot et les brioches Pitch, un jeu vidéo est prévu pour Noël par Ubisoft et un autre tourne déjà sur les iPhone » s’indigne Big Browser dans Tintin au pays des pépètes.

Américains? Chinois? Qui passera le licol au cou de la licorne?

En réalité, le véritable secret de la Licorne, tel la lettre volée dans la nouvelle d’Alan Edgard Poe, a vocation a demeurer caché. « Les Licornes roses invisibles sont des êtres d’un grand pouvoir spirituel. C’est ainsi qu’elles sont capables d’être à la fois roses et invisibles. Comme dans toutes les religions, la croyance dans la Licorne rose invisible est fondée à la fois sur la logique et sur la foi. Nous croyons sur la seule base de notre foi qu’elles sont roses, mais nous savons de façon logique qu’elles sont invisibles, justement parce que nous sommes incapables de les voir. » – Steve Eley

La poésie ne meurt pas, nous cessons seulement de la percevoir.

Lire tout l’article, absolument délicieux, sur Wikipédia e merci à Max Gratto pour nous avoir mis sur la piste.
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Sur le même sujet : Haddock et les idoles

la reine des grenouilles (1/3)

A l’époque, j’étais une toute jeune grenouille sans grande expérience de la vie. Lorsqu’il s’est approché de la rivière, l’air sombre et les cheveux en bataille, je me suis demandé si c’était pour se baigner ou pour se noyer.
Il s’est dépouillé de ses vêtements un à un. D’abord ses chaussures, qu’il a déposées sur la berge, puis sa longue chemise plissée, puis le pantalon de velours brun, puis ses bas, et j’ai vu qu’il avait un corps vigoureux. Ce n’était déjà plus un adolescent, mais ce que l’on appelle un homme jeune, bientôt dans la force de l’âge. Il est entré dans l’eau jusqu’à mi-cuisses puis il s’est mis à nager à contre-courant, dans ma direction. Je l’observais, posée sur un nénuphar, lorsqu’il m’a repérée. Il y avait en lui quelque chose de solaire, avec une ombre au milieu qui me fascinait.

Lorsqu’il est arrivé près de moi, j’ai ouvert la bouche pour lui communiquer mon message, mais il n’entendait rien. Alors j’ai plongé et lui ai parlé par les vibrations de l’eau.

- vous êtes une bien étrange grenouille, avec ce point rouge au milieu du front
- toutes les grenouilles de notre famille ont ce point rouge sur le front, en souvenir d’une honte ancienne qui frappa notre race il y a très, très très longtemps
- et que puis-je faire pour vous, madame la grenouille ?
- s’il te plaît, dessine-moi
- Mais je ne sais pas dessiner les grenouilles ! Et puis, pourquoi perdre mon temps avec un sujet aussi trivial ? Personne ne s’intéresse aux grenouilles. C’est ridicule.
- Ils ont tort, car nous avons beaucoup à leur apprendre, nous qui connaissons les secrets des deux mondes.
- Peut-être mais en attendant les portraits de grenouilles ne se vendent pas et moi j’ai une famille à nourrir, rétorqua le jeune peintre. Il venait d’arriver à Rome après un long et pénible voyage, et comptait bien faire carrière en obtenant des commandes auprès des cardinaux qui pouvaient payer cher pour des sujets historiques ou religieux. Mais pour des grenouilles ? Cela ne s’était jamais vu.

- Vendre! Il n’y a que cela qui vous intéresse, vous les jeunes peintres.
- Un artiste qui ne vend pas n’est qu’un crève-la-faim, un incapable, un loser. Ce n’est pas avec des portraits de grenouilles que je deviendrai célèbre à Versailles, même pour des grenouilles parlantes.
- ah non, Et le bassin de Latone, qu’en fais-tu, jeune présomptueux? N’est-ce pas l’un des plus photographiés par les touristes dans tout le parc de Versailles? Et les grenouilles n’y occupent-elles pas une place de choix?
- oui, mais celles-là étaient des grenouilles mythologiques, elles avaient eu maille à partir avec une déesse
- eh bien, qu’est-ce qui t’empêche de dessiner une grenouille mythologique?
- Comme toi par exemple? Mytho sûrement, logique, ça reste à prouver!
- Qui sait? peut-être suis-je un peu plus qu’une simple grenouille des marais.
- Quand bien même tu serais la reine des grenouilles, je ne m’abaisserai pas à te dessiner. Ce serait compromettre la haute idée que je me fais de mon art.
- C’est ton dernier mot?
- Oui
- Alors tant pis pour toi

un long silence

- N-as-tu donc aucun voeu que je puisse exaucer?

- Aucun

Quelque temps plus tard il éait de retour, honteux de son arrogance. Il parcourut longuement les bords du fleuve, mais la grenouille ne se montra pas. La faim lui donnait des hallucinations. Parfois, il croyait entendre la voix de la grenouille, mais ce n’était que le bruit du vent dans les peupliers.
A SUIVRE

Au Luxembourg

Au jardin du Luxembourg, le temps se dépose en couches successives que perce un coeur joyeux, ignorant de tout ce qui n’est pas son bonheur. Hier, ayer, ailleurs n’est rien. Demain passe comme une ombre, no es nada, revoici le ciel bleu. On est au coeur du monde. Il faut se faire un coeur de lion pour dévorer le jour, saluer la dignité des reines. On cherche en vain la statue de Pina Bausch, elle aurait toute sa place ici, face au soleil, sur la terrasse, et ses danseurs déployés autour du bassin défileraient avec les saisons. Que d’amour dans leurs yeux, leurs visages, les mots et puis surtout les corps. Danser la vie. Baila, Pina, baila, sonst sind wir verloren. Danse, ou nous sommes perdus. Le centre du monde est ici, bien caché. Tenir la main donnée. Capturer cela pour toujours, et le reste est nuages.

(Réponse de la PNL à Deleuze: le contraire de la déterritorialisation, c’est l’ancrage.)

Toutes les villes mouillées se ressemblent

Toutes les villes mouillées se ressemblent. Elles parlent entre elles un langage secret, connu d’elles seules, une chanson sussurée à l’oreille du voyageur. Chacune a sa couleur, sa pudeur sous la pluie, une histoire intime et subtile courant par les rues ruisselantes.

Dans cette ville d’Europe, les passants se pressent d’écraser de petites bulles grises. Pensées pliées, c’est la rentrée; déjà perdues, reviendras-tu?

Toutes les villes mouillées se répondent. Au matin, leur visage a retrouvé sa fraîcheur. Une odeur nue de feuilles au sortir du métro crie l’enfance. Une chanson commencée là-bas revient. Rêver, revivre, aimer. Sous les parapluies, des visages.

So chic, un bus au rouge impérial éclabousse la foule d’eau sale, avec de vrais morceaux de reflets coupants comme du verre. Le faux sang se répand dans les flaques de néon. Une femme saoule se fait arracher son sac et vomit. Luxe et rage. Courir après les taxis noirs, méditer un polar. Pluie mesquine, assassine.

Asie. Sur le trottoir un enfant court. Un fou se savonne en riant. Le bruit feutré des pneus fait claquer l’eau des flaques. Après, le soleil brûle. Les femmes des quartiers nord se lavent. Cheveux mouillés, tordus, rincés. Comment les dessiner? Lèvres, épaules, et le pli du bras. Toutes les villes mouillées correspondent, les toits de zinc et la tôle ondulée rouillée grisée. Couleurs clinquantes, get a bigMac.

A Lisbonne, un pavé dépasse. Les rails du tramway brillent sous l’averse électrique. Ici, les gens n’ont pas de corps, leurs vêtements se déplacent. La nuit se répand, jaune et grise. On ira voir Bosch au musée, des porcelaines chinoises et des paravents japonais. Maisons bleues, roses, moussues de vert. Moisir a quelques avantages.

A Paris, du haut de la grue, trois corneilles plongent dans le couchant, décrivent un large arc de cercle et percent la muraille plombée des nuages. Croire à l’éclaircie. Les villes et les souvenirs se séparent.

The Banahaw protocol

The day before I left for Banahaw, a bitter American handed me a CD with all sorts of recommendations the business community had prepared for the new president of the Philippines. His disappointment was obvious, as he uttered “this is our last attempt to make policy for this country”. Indeed, his intentions were good. Many years ago, even I had shared some of these hopes for a better, more efficient, fairer business environment. But this was no longer the case. No longer did I dream of changing this place and these people against their own will, or lack of it. I was going back to Banahaw to connect with this country on a different, deeper emotional level. If anything was to change, it would have to come from the heart, not from any sort of rational, however thoroughly prepared blueprint. Things would happen at their own pace.


Besides I was there to learn, not to teach. Having just completed my coaching and Neuro-Linguistic Programming studies, I was coming here to close a cycle and “live the experience”, whatever this entailed for me. Last winter, on several occasions during the NLP exercises, I had come back to that place in imagination, building it as an anchor, a source of joy, inspiration and positive energy. Now, I was going back for real, and I was looking forward to trekking in the forest with my friends, enjoying a bit of physical exercise among the unique flora (oh, the rafflesia banahawensis).

On my first trip to the Philippines, in the mid-90ies, my friend Jeannie Javelosa started telling me about the mysteries of Mount Banahaw, a place considered sacred by many Filipinos and spiritual-minded people around the world, including Tibetan and even Catholic monks, who would congregate there to meditate and revel in the place’s psychic energy. She would tell me how the inactive volcano was renowned among those circles for the healing powers of the water streaming down its slopes and the spirits supposedly roaming in its forests. Most amazing was the web of superstitions and legends that surrounded the place like the clouds hiding its summit from the eyes of the trekkers. What made the story even more compelling was the contrast with the nearing Mount Cristobal, a place of dark energies where some people were said to be practicing black magic. Indeed, the Philippines had become a very fashionable place among New Age communities. Pilgrims started coming from all over the country, until the Department of Environment had to close down most of the trails leading to the summit until such time that the place regenerates itself. Today, some of the best pictures of Mount Banahaw and its rare flora can be seen on Youtube.

As for me, always a taker for a good story and a lover of nature, I was mostly excited at the perspective of spending a week-end in the mountain, enjoying the fresh air far from the unbearable pollution of Manila. The first time I finally got there with Jeannie, we met a fantastic story-teller who would rant on and on about the mountain spirits, dwarves, elementals and even UFOs making appearances in this “New Jerusalem”. Never mind the fact that the guy got a bit carried away in his own tales. For me, what made this experience memorable was the deep yet fun conversations with my friends, the walks in the mountain and the practice of yoga on a balcony overlooking the landscape. Jeannie’s house was perched high above the forest, and from there the view was breathtaking. As we went through the various yoga movements, I was enthralled by the smell coming from the flowers of a rare vine, the waves of green foliage filling the whole space all the way to the horizon and the view of the Mount Salakot just on the other side of the slope. Far from being the idyllic quiet spot in the mountains, the place was vibrant with the presence of numerous animals, birds and insects whose voices came together in a noisy background. In the middle of the night, for no apparent reason, and the sunrise being still hours away, roosters – dozens of them – would start crowing, as if sounding the alarm for some mysterious presence, thus waking up all the dogs who would start barking furiously for hours. In the morning, exhausted, I spent an hour looking at a procession of ants going up and down a branch, my eyes moving ever more slowly until I was captivated by a drop of water bending a leaf under its weight. I became aware of all the nuances of green, as I walked down the moss-covered steps carved in the old volcanic reddish stone. The place was eerie. It reminded me of the strange island where Tintin and his companions are taken hostage in the album “Flight 747 for Sydney”. The comparison was not entirely absurd, as I was told the next morning there were some rebels hiding on the other side of the mountain. UFOs, on the other hand, did not manifest themselves.

Back in France, I kept returning to Mount Banahaw in my mind whenever I would look for a peaceful – and powerful – resource-image. During my training in Neuro-Linguistic Programming (NLP), I would meditate in a giant lotus flower shaped after the memory of the vine flowers growing under Jeannie’s balcony, my mind wandering over the mountain’s green crests.

Of course, I was excited to go back there during my latest trip to the Philippines. My coaching teacher, Nicole de Chancey, used to say that no learning process would be complete until we “had it in the muscles”, so it was a wonderful experience to practice yoga in Jeannie’s high-perched house after a particularly long trek to the dark mount Cristobal. My friends compared disciplines, the Asian and the Western approach, meditation, NLP, while sitting on our yoga mats on the balcony. They told me about Kapwa, the sense of the other in the self, which is a mode of perception more than just an concept. True enough, my muscles had stored all these memories, and they all came back. I was now ready to become a teacher and a healer myself. Having given up on the idea to change this country and its people, they opened up to me and started sharing their secrets. Alas, the bitter American would never understand. These were not things you could store on a CR-Rom.





IF YOU WAN TO KNOW MORE ABOUT MOUNT BANAHAW:

http://www.pinoymountaineer.com/2007/08/mt-banahaw-2158.html

http://www.malapascua.de/Volcanoe-Map/Mount_Banahaw/hauptteil_mount_banahaw.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Mount_Banahaw

Mount Banahaw (alternative spelling: Banahao or Banájao) is one of the active volcanos in the Philippines. Part of a volcanic group, it is located along the boundary of Laguna and Quezon provinces, on the island of Luzon, in the Philippines.
The mountain and its environs are considered sacred by the local residents because of its “holy water”, which allegedly have beneficial qualities, issuing forth from local springs and its “puwesto s, or the “holy sites”. These are composed of unique, natural features such as rocks, caves and springs with shrines erected in, on or around them, their location having been revealed to a man in the Spanish Era by the Santas Voces or the “Holy Voices”. It has another of this mountain and it was named as Mount Banahaw de Lucbán.

The term Banahaw is not known to many people but some beliefs attribute it to the description of a holy being. This mountain has a rock with the footprint of an unknown being and supposedly, this was the origin of the name of the mountain. Banahaw is very close to the modern Tagalog words banal (holy, sacred, divine) and daw (a word used in quoting another speaker; when appended to sentences, daw indicates slight disbelief or uncertainty in the veracity of the quotation’s content). Combined, the two words mean “[it is] probably/supposedly sacred”. The way the phrase was transcribed in Baybayin, the ancient syllabary used in writing Tagalog prior to the introduction of the Latin alphabet, finally produced the term ” Banahaw